Cahier des charges site web : le modèle complet, section par section
Un cahier des charges site web tient en 3 à 8 pages. Voici les 9 sections indispensables, ce qu’il faut écrire dans chacune, et les pièges qui font déraper un projet.
Sommaire
Un cahier des charges site web est un document de trois à huit pages, écrit par toi et non par ton prestataire, qui décrit ce que le site doit faire, pour qui, et à quoi on reconnaîtra qu’il est réussi. Il n’a rien de technique. Son intérêt principal est simple : sans lui, deux devis ne sont pas comparables, parce que chaque prestataire aura chiffré un projet légèrement différent. Ce guide donne les neuf sections qui comptent, ce qu’il faut écrire dans chacune, et les pièges qui font déraper un projet.
À quoi sert vraiment un cahier des charges
Un cahier des charges sert à trois choses, et à trois choses seulement.
Il rend les devis comparables. C’est sa fonction la plus concrète. Quand tu envoies le même document à trois prestataires, les écarts de prix deviennent lisibles : l’un a inclus la rédaction des textes, l’autre non ; l’un prévoit une formation, l’autre te laisse te débrouiller. Sans document commun, tu compares un chiffre à un autre chiffre, ce qui ne veut rien dire.
Il te force à décider avant de payer. La moitié des questions qui bloquent un projet en cours de route (combien de langues, qui écrit les textes, faut-il un espace client) auraient dû être tranchées avant. Les poser sur le papier coûte quelques heures. Les découvrir au milieu du développement coûte des semaines.
Il sert de référence en cas de désaccord. Annexé au devis, il permet de distinguer une correction, que le prestataire doit assumer, d’une nouvelle demande, qui fait l’objet d’un avenant. Cette frontière est la source de presque tous les conflits que je vois entre clients et prestataires.
Ce qu’un cahier des charges ne fait pas : il ne dit pas comment construire le site. Le choix de la technologie, de l’hébergement ou de l’architecture appartient au prestataire, qui en assume la responsabilité. Un client qui impose la solution technique achète les inconvénients d’un choix qu’il n’est pas en mesure d’évaluer.
Ce que je vois quand il n’y en a pas
Le cas typique que je traite ressemble à ceci. Un dirigeant contacte trois personnes avec un message de quatre lignes : « Bonjour, je voudrais un site pour mon entreprise, pouvez-vous me faire un devis ? » Il reçoit trois propositions allant de quelques milliers de dirhams à plusieurs fois ce montant, sans comprendre pourquoi. Il choisit la moins chère, logiquement.
Trois semaines plus tard, il découvre que le site livré n’a pas de formulaire de devis, que les textes sont restés en latin parce que personne n’avait dit qui les écrirait, et qu’ajouter une version arabe coûtera un supplément. Le prestataire n’a rien fait de malhonnête : il a livré ce qui avait été demandé, c’est-à-dire pas grand-chose de précis.
L’autre scénario, plus fréquent encore, est celui du projet qui s’arrête. Le site est développé à quatre-vingts pour cent, puis il attend. Il attend les photos. Il attend les textes de la page « Nos services ». Il attend que le dirigeant valide une maquette qu’il n’a pas le temps de regarder. J’ai vu des sites rester dans cet état six mois, non pas par incompétence, mais parce que personne n’avait écrit noir sur blanc qui fournit quoi, et pour quand.
Les 9 sections d’un cahier des charges qui tient debout
Voici la structure que j’utilise et que je conseille à mes clients. Elle fonctionne pour un site vitrine comme pour une boutique en ligne : c’est le niveau de détail qui change, pas les sections.
1. Présentation de l’entreprise et contexte
Trois paragraphes, pas plus. Qui tu es, ce que tu vends, à qui, et depuis combien de temps. Puis la situation actuelle : tu n’as pas de site, tu en as un qui ne te convient plus, tu pars d’une page Facebook.
Ajoute une phrase sur ce qui déclenche le projet maintenant. « Nous ouvrons une deuxième agence » ou « nos concurrents apparaissent avant nous sur Google » sont des informations utiles : elles disent au prestataire ce qui compte réellement pour toi.
2. Objectifs, formulés de façon mesurable
C’est la section qui distingue un bon cahier des charges d’une liste de souhaits. Remplace les intentions par des résultats vérifiables.
| Intention floue | Objectif exploitable |
|---|---|
| Avoir un beau site | Que 100 % des pages s’affichent correctement sur téléphone |
| Être visible sur Google | Apparaître sur « [métier] + [ville] » dans les six mois |
| Avoir plus de clients | Recevoir au moins 10 demandes de devis par mois via le site |
| Être professionnel | Que le site inspire confiance à un acheteur qui ne me connaît pas |
Trois objectifs suffisent. Classe-les par ordre d’importance, parce qu’ils entreront parfois en conflit : un site optimisé pour la conversion ne ressemble pas à un site optimisé pour l’effet visuel, et il faudra trancher.
3. Cibles et usages
Décris deux ou trois profils de visiteurs, avec pour chacun ce qu’il vient chercher et sur quel appareil il navigue.
Cette section paraît accessoire ; elle est déterminante. Au Maroc, une écrasante majorité de la navigation se fait sur téléphone, souvent depuis un lien reçu par messagerie. Un site conçu d’abord pour l’ordinateur passe à côté de la réalité de ses visiteurs. Précise aussi la langue : français uniquement, français et arabe, ajout de l’anglais pour une clientèle étrangère.
4. Arborescence : la liste exacte des pages
Liste toutes les pages, avec leur hiérarchie. Un simple plan indenté suffit.
Accueil
Services
├── Service A
├── Service B
└── Service C
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Mentions légales
Politique de confidentialité
Deux pages sont oubliées neuf fois sur dix : les mentions légales et la politique de confidentialité. Elles ne sont pas décoratives. Dès qu’un formulaire de contact collecte un nom et une adresse email, il y a traitement de données personnelles au sens de la loi 09-08 appliquée par la CNDP, et les obligations de la loi 09-08 s’appliquent, y compris la déclaration préalable auprès de la CNDP.
Indique aussi le volume approximatif : « environ 8 pages » ou « 25 fiches produit au lancement ». Le nombre de pages est l’un des principaux facteurs de prix.
5. Fonctionnalités attendues
Écris chaque fonctionnalité comme une phrase du point de vue de l’utilisateur, jamais comme une solution technique.
- Un visiteur doit pouvoir demander un devis via un formulaire, et je dois recevoir la demande par email.
- Un visiteur doit pouvoir m’écrire directement sur WhatsApp depuis n’importe quelle page.
- Je dois pouvoir modifier moi-même les textes et ajouter des articles, sans faire appel à quelqu’un.
- Un client doit pouvoir payer en ligne par carte bancaire.
- Le site doit être disponible en français et en arabe.
Puis sépare ces fonctionnalités en deux colonnes : indispensable au lancement et souhaitable plus tard. C’est le levier le plus efficace pour tenir un budget, et il te donne une marge de négociation claire.
6. Contenu : qui fournit quoi, et pour quand
La section la plus négligée, et la première cause de retard sur les projets que je reprends. Réponds à quatre questions, par écrit :
- Les textes : tu les écris, tu les fournis en partie, ou tu délègues leur rédaction ?
- Les photos : tu en as, tu prévois une séance photo, ou il faudra des visuels achetés ?
- Le logo et l’identité : ils existent, ou sont-ils à créer ?
- Les délais de fourniture : à quelle date le prestataire aura-t-il la matière ?
Si tu réponds « je fournirai les textes » sans date, tu viens de créer le retard de ton projet. Mets une date. Et sois honnête sur ta disponibilité : rédiger le contenu de huit pages représente plusieurs jours de travail réel pour quelqu’un dont ce n’est pas le métier.
7. Design et références
Ne décris pas le design avec des adjectifs. « Moderne », « épuré » et « professionnel » ne veulent rien dire : chacun y met une image différente.
Donne plutôt trois à cinq adresses de sites que tu aimes, avec pour chacun une phrase disant précisément ce qui te plaît : la structure de la page d’accueil, la façon dont les services sont présentés, la sobriété des couleurs. Ajoute un ou deux exemples de ce que tu ne veux surtout pas, c’est tout aussi instructif.
Précise également les contraintes d’identité : couleurs imposées par la charte, logo à respecter, polices déjà utilisées sur tes supports imprimés.
8. Contraintes techniques et existant
Décris ce qui existe déjà, même si ça te paraît sans intérêt.
- Nom de domaine : tu en as un, chez quel bureau d’enregistrement, ou faut-il l’acheter ?
- Hébergement : contrat en cours, ou à prévoir ?
- Site actuel : à remplacer, et surtout, faut-il conserver son contenu et ses adresses ?
- Outils à connecter : logiciel de facturation, service d’emailing, calendrier de réservation.
- Emails professionnels : existants ou à créer sur le domaine ?
Le point le plus lourd de conséquences est le troisième. Si un site existe déjà et qu’il reçoit des visites depuis Google, il faut le dire clairement dans le cahier des charges : les anciennes adresses devront être redirigées, sinon le référencement acquis disparaît le jour de la mise en ligne.
9. Budget et planning
Annonce une fourchette. Beaucoup de clients la cachent en espérant obtenir un meilleur prix ; l’effet est exactement inverse. Sans budget indiqué, un prestataire chiffre soit trop bas en rognant sur ce qui compte, soit trop haut par prudence, et tu perds plusieurs allers-retours.
Si tu ne sais pas quoi annoncer, prends d’abord connaissance des vrais ordres de grandeur pour la création d’un site web au Maroc, puis donne une fourchette réaliste.
Côté planning, indique une date souhaitée et la raison. « Avant le salon du 15 mars » est une contrainte qu’un prestataire peut organiser. « Le plus vite possible » n’est pas une information.
Les cinq erreurs qui coûtent le plus cher
Décrire la solution au lieu du besoin. Écrire « il faut WordPress avec Elementor et l’extension WooCommerce » enferme le projet avant même d’avoir été évalué. Décris ce que le site doit faire ; laisse le prestataire proposer, et surtout justifier, la solution. C’est d’ailleurs le meilleur moyen de juger sa compétence.
Oublier l’après. Un site n’est pas un livrable qu’on range dans un tiroir. Qui met à jour WordPress et les extensions ? Qui répare si le site tombe un dimanche ? Qui renouvelle le nom de domaine ? Pose ces questions dans le cahier des charges et demande un chiffrage séparé de la maintenance. Un site laissé sans mise à jour pendant un an devient une cible : c’est ainsi que la plupart des sites que je répare ont été piratés.
Ne rien écrire sur le référencement. Si tu attends du site qu’il t’amène des clients par Google, dis-le, et précise sur quels termes. Un site peut être magnifique et invisible. À l’inverse, personne ne peut te garantir une position, et un prestataire qui promet la première place sur un mot-clé concurrentiel te vend quelque chose qu’il ne maîtrise pas.
Confondre validation et perfection. Prévois combien d’allers-retours sont inclus sur les maquettes, en général deux ou trois. Sans cette limite écrite, un projet peut tourner indéfiniment sur des détails, et la relation s’abîme des deux côtés.
Oublier la formation. Tu veux pouvoir modifier ton site toi-même ? Alors écris-le, et demande qu’une session de prise en main et un document simple soient inclus. C’est une ligne du devis, pas un service après-vente implicite.
Si tu arrives à ce stade et que la liste te paraît lourde pour ton projet, c’est bon signe : cela veut dire que tu as pris la mesure de ce qui se décide avant d’écrire la première ligne de code. Si tu préfères qu’on cadre ça ensemble en une heure plutôt que de rédiger seul, écris-moi : le cadrage ne coûte rien et il évite l’essentiel des mauvaises surprises.
Adapter le document à ton type de projet
Site vitrine
Trois à cinq pages de cahier des charges suffisent. Concentre l’effort sur trois sections : l’arborescence, le contenu et les objectifs. Le reste tient en quelques lignes. Le principal risque d’un site vitrine n’est pas technique, il est éditorial : le site attend des textes qui n’arrivent jamais.
Boutique en ligne
Ajoute une section entière consacrée à la vente, parce que c’est là que se joue le projet :
- Catalogue : combien de produits au lancement, combien de variantes (taille, couleur), qui saisit les fiches ?
- Paiement : paiement à la livraison, carte bancaire, virement ? Le paiement à la livraison reste largement majoritaire au Maroc, et la mise en place d’un paiement par carte passe par un contrat monétique qui prend du temps à obtenir.
- Livraison : quels transporteurs, quels tarifs, quelles zones ?
- Gestion des commandes : qui traite, avec quel outil, quelles notifications ?
- Retours et rétractation : l’acheteur à distance dispose de sept jours francs pour se rétracter, et cette information doit lui être donnée avant la commande.
Application ou plateforme métier
Le cahier des charges change de nature : il décrit des rôles et des parcours plutôt que des pages. Liste les types d’utilisateurs, ce que chacun peut faire, et ce qu’il ne doit surtout pas pouvoir faire. C’est aussi le cas où le choix entre WordPress et un développement sur mesure se pose vraiment, et où l’imposer d’avance serait une erreur.
Ce qu’il faut en faire une fois écrit
Envoie exactement le même document à trois prestataires, sans l’adapter à chacun. Demande-leur trois choses en retour : un devis détaillé ligne par ligne, un planning avec des jalons, et la liste de ce qui n’est pas inclus. Cette dernière demande est la plus révélatrice : un professionnel sérieux la remplit sans difficulté.
Compare ensuite non pas les totaux, mais les écarts ligne par ligne. Si un devis est nettement moins cher, cherche ce qui manque : la rédaction, les images, la formation, la maintenance, les redirections de l’ancien site. Le prix bas cache presque toujours un poste absent, et ce poste finira par revenir sous forme de facture ou de travail pour toi.
Enfin, joins le cahier des charges au devis signé. C’est ce geste, et lui seul, qui lui donne une valeur contractuelle.
En résumé, la prochaine étape
Ouvre un document, écris les neuf titres de sections, et remplis-les dans l’ordre en te limitant à ce que tu sais réellement. Laisse en blanc ce que tu ignores : ces blancs sont précisément les questions à poser à ton prestataire. Compte deux à trois heures pour un site vitrine.
Si tu préfères passer par un échange plutôt que par une page blanche, parlons de ton projet : je pose les questions, tu réponds, et tu repars avec un document exploitable que tu pourras envoyer à qui tu veux, y compris à quelqu’un d’autre que moi. C’est aussi ça, un cahier des charges honnête.
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Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un cahier des charges pour un site web ?
C’est un document écrit par le client, avant de consulter des prestataires, qui décrit le projet : à quoi sert le site, qui va l’utiliser, quelles pages il contient, quelles fonctionnalités il doit offrir, et sous quelles contraintes de budget et de délai. Il ne décrit pas comment faire, c’est le rôle du prestataire, mais quoi obtenir. Son intérêt principal est de rendre les devis comparables : sans document commun, chaque prestataire chiffre un projet différent.
Faut-il un cahier des charges pour un simple site vitrine ?
Oui, mais trois pages suffisent. Pour un site vitrine de cinq à huit pages, l’essentiel tient dans : ce que fait l’entreprise, ce que le site doit provoquer chez le visiteur, la liste des pages, les fonctionnalités attendues (formulaire, prise de rendez-vous, multilingue), qui fournit textes et photos, et le budget envisagé. C’est déjà infiniment mieux qu’un message qui dit « je voudrais un site pour mon entreprise ».
Qui doit rédiger le cahier des charges, le client ou le prestataire ?
Le client, parce qu’il est le seul à connaître son activité, ses clients et ses contraintes. Un prestataire qui rédige lui-même le document décrit forcément le projet qu’il sait faire, ce qui fausse la comparaison. En revanche, il est normal qu’un développeur t’aide à le structurer, te pose les bonnes questions et signale ce qui manque. Chez mes clients, je propose souvent un premier échange d’une heure pour cadrer, avant tout chiffrage.
Combien de pages doit faire un cahier des charges ?
Trois à cinq pages pour un site vitrine, cinq à huit pour une boutique en ligne, davantage pour une application métier. Un document de trente pages n’est pas un meilleur cahier des charges : c’est souvent le signe qu’on a décrit des solutions techniques au lieu de décrire des besoins. La bonne longueur est celle qui permet à deux prestataires différents de chiffrer le même projet.
Que se passe-t-il si je change d’avis après la signature ?
C’est prévu, et c’est normal : aucun projet ne se déroule exactement comme écrit. Ce que le cahier des charges permet, c’est de distinguer une correction (le prestataire n’a pas livré ce qui était décrit, il corrige) d’une évolution (tu demandes quelque chose de nouveau, cela fait l’objet d’un avenant). Sans document de départ, cette distinction n’existe pas, et c’est de là que naissent la plupart des conflits.
Faut-il indiquer son budget dans le cahier des charges ?
Oui, au moins sous forme de fourchette. Beaucoup de clients le cachent en pensant obtenir un meilleur prix ; l’effet est inverse. Sans budget annoncé, un prestataire chiffre soit trop bas en rognant sur ce qui compte, soit trop haut par prudence. Avec une fourchette, il te dit franchement ce qui est faisable dedans et ce qui ne l’est pas. Tu gagnes plusieurs allers-retours.
Un cahier des charges a-t-il une valeur contractuelle ?
Il en prend une dès qu’il est annexé au devis ou au contrat de prestation, ce que je recommande systématiquement. Il devient alors la référence de ce qui a été commandé, et sert à trancher les désaccords sur le périmètre. Isolé, sans être joint à un document signé par les deux parties, il reste un document de travail sans portée juridique.
Comment décrire les fonctionnalités sans être technique ?
Écris ce que l’utilisateur doit pouvoir faire, en une phrase, du point de vue de l’utilisateur. « Un visiteur doit pouvoir réserver un créneau et recevoir une confirmation par email » est parfaitement clair, et laisse le prestataire choisir la solution. « Il faut installer une extension de réservation avec synchronisation Google Agenda » impose une solution avant même de savoir si c’est la bonne.
Ayoub Fattami
Développeur web full-stack freelance basé à Marrakech. Depuis plus de 5 ans, j'accompagne entreprises et entrepreneurs dans la création de sites WordPress et sur-mesure performants et optimisés SEO. Plus de 35 projets livrés, note de 5,0/5 sur avis vérifiés.
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